Dans cette confrontation entre le langage poétique et le langage musical, il existe un point de rencontre entre ces deux formes. Ce point de rencontre se trouve dans l’acte de composition de ces langages. Lorsqu'on compose un poème ou une oeuvre sonore on forme un ensemble à partir de différents éléments. L'association de ces éléments sont les mêmes dans la création musicale ou poétique; il faut faire un choix entre des choses qui s'assemblent, s'associent, s'accordent. Un choix qui passe par le ressenti, par les sens, mais ce travail sur la perception, l’artiste le crée dans une réflexion sur le langage. Avant tout l’artiste connaît le langage et va permettre de confronter le spectateur à la fois sur le plan sensorielle mais aussi sur le plan intellectuel. Dans le langage poétique la composition se fera dans le choix de mots qui s'assemblent autour d'une sonorité et d'une signification propre au poème. Dans le langage musical on assemblera un ensemble de bruits, sonorités, sons, notes qui s’assemblent et provoque un effet chez le spectateur.
Pour le langage poétique, nous avons appris un certain type de langage, une suite de mots qui vont ensemble et notre langage est composé de suites de signes (les lettres) qui s'assemblent afin de constituer des mots qui ont une phonétique (morphèmes1 et phonèmes2) pour être écrits et lus oralement de la même manière. Dans l’apprentissage d’une langage il s’agira de comprendre une écriture et la transmettre dans sa phonétique. Il y a deux langages à apprendre, le visuel et le sonore. Dans l’apprentissage du visuel il s’agira de comprendre le mot par son écriture et son sens, puis apprendre à composer dans des règles linguistiques - sémantiques, syntaxiques, pragmatiques… - Pour le sonore il s’agira d’apprendre la phonologie du mot et l’intonation du texte grâce à la ponctuation.
Pour le langage musical il en est de même. La composition se base sur une quantité de sonorités à laquelle nous savons depuis toujours qu'elles s'accordent et s’associent, mais pas seulement. Le langage musical comme on l’a vu précédemment est aussi un langage sensoriel qui passe avant tout par les sens, ainsi il s’agira de composer grâce à une intuition poétique. Nous sommes depuis toujours bercés dans l'espace sonore. Le son a toujours été présent et l'est de plus en plus. Aujourd’hui la musique est omniprésente dans notre société, grâce aux innovations technologiques elle prend une multitude de formes et utilise de multiples supports. Ces innovations technologiques permettent l’accessibilité à la création sonore à tous et pour tous. La composition d’une oeuvre musicale est donc aujourd’hui plus accessible grâce à de nombreux supports technologiques.
Dans l’acte de composition de la musique nous nous servons de l'oreille mais aussi de l'écriture. Car si la musique est avant tout un langage qui n'est pas palpable dans son expression mais passe par les sens, c'est aussi un langage avec une écriture propre définie par des codes et représentée par des signes, et cela depuis des siècles. Ce langage permet au musicien de produire une composition. La musique et la poésie sont deux pratiques de langages différentes, l’une utilise des sons, l'autre des mots, toutes deux portées par une cadence, un rythme, des accords de notes, de mots…
Pouvons-nous d’ailleurs lier ces deux formes artistiques entre elles ou du moins pouvons-nous parler de « continuité » ou de « fusion » ? C’est la question à laquelle répond le concept d’Intermedia qui préconise de remplacer, le concept de « catégorie » par celui de « continuité ». Dans cette pensée de l’Intermedia, la poésie est considérée aussi bien comme un art visuel que sonore.
Dick Higgins était un élève de John Cage et était fasciné par son travail. L'une des choses qui l'attira chez Cage était de voir que les éléments artistiques se confondaient dans son travail, il trouvait que la musique et les visuels se confondaient dans ses travaux et ne s'empêcha pas de trouver dans ses lectures une forme de poésie. Higgins introduira la notion de l'Intermedia dans les années soixante dans une liste de dénominateurs pour définir et parler des œuvres Fluxus. Ces caractéristiques étaient: Internationalisme, expérimentalisme et iconoclasme, intermédia, minimalisme ou concentration, une tentative de résolution de la dichotomie art/vie, implication, jeu ou gags, éphémérité, spécificité, présence dans le temps, musicalité. La notion de l'intermédia lui est venue d'une réflexion sur son parcours. Il dit « j'ai mentionné que j'étais un compositeur et un poète et aussi un plasticien. Je continue à me demander : « Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? Quand vais-je me ranger ?3» Dans son propre travail, Dick Higgins commença alors à se rendre compte que son travail était le résultat d'une confusion conceptuelle comme celui de ses contemporains et que le terme intermédia désignait l'ensemble et l'évolution des arts d'aujourd'hui. « Son usage pour moi est ce qui permet à un lecteur, à un regardeur ou à un auditeur d'entrer dans l'oeuvre qui est intermédiaire4», le terme tenait à signifier pour les autres ce que Dick Higgins pensait et ressentait réellement sur son travail ainsi que celui des contemporains.
L’Intermedia est « une ouverture de la pensée créatrice en dehors de toute restriction à un seul domaine de l’art ». Pour Dick Higgins, ce concept permet de définir la liberté de création des artistes à ne plus devoir s'enfermer dans des catégories liées à des médiums. Il ne fait pas de différence entre les médias de la vie et ceux de l'art. Mais il ne s'agit pas seulement d'assembler les disciplines artistiques entre elles mais de confronter l'oeuvre aux différents médiums artistiques ou non artistiques. Dans ce concept d'Intermedia nous considérons donc que les pratiques et médiums sont une continuité et une liberté de création qui vise à rapprocher plusieurs médiums.
Cette définition de l’intermédia permet de considérer la poésie et la musique selon une forme de continuité, des éléments qui se rassemblent en plusieurs points. Car ces deux langages se confrontent et sont deux formes très proches. L’une ne va pas sans l’autre car on retrouve aussi bien dans le langage poétique une forme de langage sonore et dans le langage sonore une forme de poésie.